Chapitre 4 – Le donjon sadomaso de Cunégonde (Veau qu’a bu l’air)

Avant tout, toute l’équipe (c’est-à-dire Clémence et moi, ouais, il y a foule à la rédac’) te souhaite une merveilleuse année 2018 sous le signe de la création et de la bonne humeur !

Comme tous les 15 du mois, on revient avec la suite des aventures cunégondesques, aka nos p’tits conseils d’écriture.

Notre belle Cunégonde aux grands pieds a un secret. Un secret dissimulé derrière une porte rouge, au fin fond de sa tour… Pour les besoins de cet article, nous allons devoir y pénétrer, à nos risques et périls. Notre safeword sera « épinard », je compte sur vous pour vous en souvenir. (Je sens que cet article va être long…)

Depuis quelques années maintenant, je pratique non pas le sadomasochisme littéraire cunégondien, mais la bêta-lecture. En discutant avec la plupart des auteurs en herbes que j’ai pu lire, un sujet revenait souvent sur le tapi : celui du veau qu’a bu l’air ! (Tu sens comme ce jeu de mots pourri me fait transpirer de fierté ?)

Un jour, en lisant un texte rempli de lieux communs (— Épinard ! Épinard ! — Quoi, déjà ?! — C’est quoi un lieu commun ? — Je te laisse lire le résumé Wiki, ça sera plus clair !), j’en ai fait la remarque à son auteur qui me répond « ouais mais toi, tu parles la vieille France ! »

Que nenni, niquedouille ! Pour qu’un texte prenne vie, se démarque, soit agréable à la lecture… il est toujours bon de garder un œil sur le vocabulaire que l’on emploie. N’est pas difficulté insurmontable que celle de l’enrichir.

Mais comment, ô Maîtresse du Savoir ? me demande-t-on souvent. (— Ça va, les chevilles ? — Très bien, merci).

Première étape : Une halte à la bibliothèque du donjon SM.

Eh oui, la lecture, les amis !

Lisez beaucoup, lisez de tout, tentez parfois des genres qui ne vous attirent pas spécialement… Et gardez toujours un petit carnet à portée de main lors de vos séances de lecture.

Mais pourquoi faire, jarnicoton ? vous demandez-vous.

Très simple : pour noter les mots de vocabulaire inconnus, ainsi que leur définition.

Posséder un vadémécum de l’écriture a été pour moi une évidence, lorsque j’ai compris que j’écrivais comme une bouse de vache. Disons les choses telles qu’elles sont : l’écriture, ça se travaille. Certaines personnes possèdent un don, un don fait aux ennemis du Mordor… Euh, Boromir, vous ici ?

Bref, je disais donc : les mots viennent peut-être plus facilement pour certaines personnes, mais ça n’a pas été mon cas. Sauf que je ne m’en rendais pas compte ! Bon, OK, j’avais 10 ans, j’étais excusable. Je couchais mes histoires sur papier sans voir les répétitions, les erreurs de grammaire (j’te parle pas de l’orthographe, Michel, je suis une quille en la matière)… et surtout, l’utilisation d’un vocabulaire très pauvre.

Et puis un beau jour, deux ou trois ans plus tard, je propose à une camarade de classe de lire ma super nouvelle « Meurtre au collège » (oui). Quelle n’a pas été la douche froide, lorsque, mademoiselle Gertrude, pour ne pas citer son vrai nom, m’a dit, mot pour mot : « Mais en fait, l’idée est cool mais c’est un peu mal écrit, non ? »

Comment ? m’écriai-je. Mon phrasé est exemplaire, ne vous en déplaise ! L’histoire contée ici s’adresse à un jeune public, Molière n’étant point de la bombance !

… D’accord, c’était plutôt : « wesh t’es jalouse, c’est tout, rends-moi mon chef d’œuvre, t’es plus ma copine ! T’façon, j’vais pas écrire comme les vieux écrivains morts, parce que c’est une histoire moderne pour les ados ! »

Et c’était précisément là, le souci. Outre la nécessité d’un gros lifting grammatical et orthographique, mon texte avait besoin de plus de vocabulaire. Je n’avais pas compris que « plus de vocabulaire » signifiait non pas changer de registre et écrire un texte barbant bourré de mots compliqués et de phrases sorties tout droit d’un roman de Proust, mais travailler sur, notamment, les synonymes.

 

Il y a mille façons de décrire quelque chose, qu’importe le registre de langue employé.

 

  • Tu écris un roman jeunesse ?

    Alors tu peux, tu dois, utiliser un vocabulaire enrichi.

  • Tu écris de la romance ?

    Alors tu peux, tu dois… Bon, t’as saisi l’idée.

  • Bonus

    Tes lecteurs comprendront ton texte malgré tout.

Je pense qu’il est important de ne pas prendre ses lecteurs pour des idiots. Et puis, au pire, ça ne fait de mal à personne d’arrêter deux minutes sa lecture et de chercher la définition d’un mot de vocabulaire sur son smartphone, hein.

Étape suivante : le coffre à jouets de Cunégonde.

Ouvrons ce coffre singulier et entrons dans le monde merveilleux des dictionnaires et autres joyeusetés ! (T’as cru quoi, derrière ton écran ? Ces esprits mal tournés, j’te jure !)

Il existe de nombreux bouquins absolument fabuleux pour t’aider à enrichir ton vocabulaire lors de tes séances d’écriture.

Pour te donner un exemple concret, voici ce que j’utilise personnellement

  1. Un dictionnaire des synonymes, contraires et autres nuances
  2. Plusieurs dictionnaires du français argotique et populaire, de patois divers et variés (comme celui-là)
  3. Le Robert des combinaisons de mots
  4. Un petit dictionnaire des mots rares et anciens
  5. Des livres sur les figures de style (celui-là, par exemple)
  6. Style et rhétorique, pour bosser mon fameux phrasé exemplaire (hum hum)

Évidemment, ajoutez à cela le BLED, le Bescherelle, des bouquins de linguistique et de sémantique (parce que je suis maso), des dictionnaires thématiques en veux-tu en voilà (dico des plantes comestibles, dico de l’Art, moult encyclopédies, etc.) Eh oui, Michel, tout dépend de ce que tu écris. Il y a certaines choses qui ne s’inventent pas.

— Épinard !

— … Oui ?

— Tu te prends pas un peu trop le bourrichon avec tous ces dicos ?

Posséder un bon vocabulaire (et un vocabulaire adapté) mène à un texte cohérent, réaliste, plus percutant…, m’sieur-dame. Je ne dis pas qu’il faut utiliser tout ça tout le temps, mais quand tu corriges ton texte, par exemple, c’est toujours utile d’avoir tout ça sous la main, non ?

— Mouais.

Dernière étape : les insolites outils de Cunégonde

Sur la large table qui cache à peine une énorme croix de Saint-André trônant au beau milieu du donjon, un petit objet qui s’allume et vibre attire notre attention.

Épinard !

— Est-ce qu’on doit mettre ce machin dans notre…

— C’est un smartphone, en fait. Après, tu fais ce que tu veux, mais j’veux rien savoir !

Pour cette dernière étape dans la quête de l’enrichissement de notre vocabulaire, on aura donc besoin d’un smartphone.

Il y a plusieurs applications sympas qu’on peut trouver sur le Store. Une, en particulier, me plait beaucoup. Elle s’appelle « Le Mot du Jour », elle est gratuite et ne prend pas beaucoup de place dans la mémoire de votre téléphone.

Chaque jour, un mot est proposé. Ce sont généralement des mots rares, anciens, oubliés ou argotiques. On ne peut pas les utiliser dans n’importe quel texte, mais ça reste très instructif et ça peut vous aider à gagner des parties de scrabble.

Il y a aussi des sites web, comme synonymes.com, pour vous aider à trouver le bon mot. D’ailleurs, des applications « dictionnaire de synonymes » sont aussi téléchargeables depuis votre smartphone !

Et enfin, on vous conseille fortement, très fortement, de vous concocter une liste d’incises. (— Épin- ! — OUI J’Y VIENS NOM D’UNE PIPE !)

Les verbes d’incises, ce sont tous les verbes autres que le trop commun “dire”.

— Dame Cunégonde, dit la chèvre douée de parole, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer.

— Je t’écoute, Biquette, dit celle qui possédait de grands pieds.

— Le vil Vencelas de la Saucisse a juré de vous chercher, de vous trouver et de vous tuer, comme Liam Neeson avant lui, dit la Chèvre.

— Malepeste ! Dit Cunégonde. 

C’est moche, hein ? Bah voilàAllez voir ici, ça peut vous aider à trouver d’autres verbes pour vos dialogues. C’est cadeau !

Étape BONUS : Un bon coup de fouet !

C’est bien beau de lire des encyclopédies, des dictionnaires, des romans en pagaille… Il faut pouvoir appliquer ce qu’on apprend.

Comme je le disais plus haut, l’écriture, ça se travaille. Sans cesse. Qu’importe ce que vous souhaitez améliorer dans votre façon d’écrire, il faut s’exercer. Vous allez vous casser la binette de nombreuses fois, toute votre vie. Pas grave, on se relève, on se badigeonne de Bétadine, on se colle des pansements licorne et c’est reparti !

Pour travailler sur le vocabulaire, ce que, personnellement, j’adore faire, ce sont les exercices d’écriture avec contraintes.

  1. Piochez dans votre carnet de vocabulaire 7 mots, sans réfléchir, et écrivez un court texte en les utilisant dans l’ordre ou dans le désordre.
  2. Écrivez un court texte sans utiliser de mots commençant par la lettre A, par exemple.
  3. Écrivez un texte en utilisant les cinq sens.

On retrouve tout ça et bien plus encore dans l’Ouvroir de littérature potentielle (l’Oulipo) un mouvement littéraire (qui n’en est pas un), créé par Raymond Queneau, un maître dans l’art de jouer avec notre belle langue française.

 

  • Conseil final

    Je vous invite à vous renseigner là-dessus et/ou à vous procurer « Exercices de Style » de Queneau. Une vraie source d’inspiration, si vous cherchez à sortir de votre zone de confort !

 

Dites-nous un peu quelles sont vos techniques pour éviter les lieux communs, les redondances, les platitudes… Faites-vous attention au vocabulaire ?

 

1 réponse
  1. Syl
    Syl dit :

    ÉPINARD !!!!!
    Blague à part : comment vous avez su que Boromir était mon personnage préféré ? :3
    Pour ce premier point je suis totalement d’accord, lire beaucoup est important pour acquérir du vocabulaire 😀
    Les synonymes c’est important, c’est bien vrai, mais parfois tu galères tellement à en trouver un seul que ça te paraît être le mal absolu xD
    Bescherelle j’ai déjà, et je suis carrément d’accord que j’ai besoin d’un Dico des Syno, parce que quand mon ordi n’est pas allumé, ne me permettant pas ainsi un accès direct à de nombreux sites merveilleux qui te mâchent gentiment le travail, bah je suis grave en galère sa maman !!!
    Par contre j’ai pas de téléphone portable, alors l’appli pour moi c’est mort, mais c’est une super bonne idée les exercices de vocabulaire !
    Et oui, j’y fais beaucoup attention, pour l’instant mis à part une relecture intensive de mes textes après un temps fluctuant où je les laisse reposer et lever comme une bonne pâte à crêpe, j’ai pas d’autres techniques 😀
    Merci pour ces articles en tout cas, ils sont toujours autant chouette 🙂

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